SAF-T, e-reporting : dirigeants, votre comptabilité n’aura bientôt plus de secrets pour le fisc ! - fiduciaire-finacces

SAF-T, e-reporting : dirigeants, votre comptabilité n’aura bientôt plus de secrets pour le fisc !

La facture électronique n’était que la première étape. Avec l’arrivée du SAF-T et le projet d’e-reporting, l’administration fiscale belge accélère sa transformation numérique. Encore faut-il que les infrastructures suivent, mais demain, les données des entreprises seront normalement plus facilement accessibles, standardisées et analysables par elle, mais pas seulement par elle ! Simplification administrative ou renforcement du contrôle fiscal ? Sans doute les deux. Une évolution qui impose aux dirigeants de repenser leur rapport à la comptabilité.

Peppol : le début d’une nouvelle ère

Depuis le 1er janvier 2026, la facturation électronique structurée est devenue obligatoire pour la plupart des opérations B2B entre entreprises belges assujetties à la TVA. Nous avons longuement insisté sur ce sujet pendant toute l’année 2025 afin que vous soyez prêts.

Et ensuite ?

Pour certains dirigeants, cette nouvelle obligation ressemble encore à une contrainte administrative supplémentaire : adapter son logiciel, modifier ses habitudes, former son personnel et s’assurer que les factures circulent correctement via Peppol.

Pourtant, derrière cette évolution se cache une transformation bien plus profonde. Car une facture électronique structurée n’est pas un simple PDF envoyé par voie numérique. C’est un ensemble de données normalisées, que les logiciels peuvent traiter automatiquement.

Et lorsque les données sont structurées, elles deviennent beaucoup plus faciles à exploiter.

Mais attention, une fois traitées par les logiciels, les données doivent toujours être contrôlées et interprétées par le dirigeant et son expert-comptable.

Peppol ne constitue donc pas une fin en soi, mais une première étape vers une comptabilité toujours plus numérique et directement exploitable.

Après les factures, voici les données comptables !

La prochaine évolution se dessine déjà à travers deux dispositifs complémentaires : le SAF-T et l’e-reporting.

Le SAF-T (Standard Audit File for Tax) permet de transmettre des données comptables dans un format électronique standardisé. À partir d’octobre 2026, donc déjà maintenant, le SPF Finances permet aux entreprises de transmettre leurs fichiers comptables via MyMinfin dans ce format, notamment dans le cadre d’un contrôle fiscal. À ce stade, son utilisation reste facultative.

L’e-reporting, quant à lui, poursuit une logique différente : il vise à communiquer électroniquement à l’administration certaines données de facturation, dans un délai proche de la transaction. Un avant-projet de loi pour une prochaine étape a été approuvé en juillet 2026. Le dispositif doit encore suivre le processus législatif et les modalités techniques précises d’application doivent encore être transposées et stabilisées en droit national.

Dans un premier temps, l’e-reporting basé sur la facturation électronique via Peppol devrait entrer en vigueur en 2028, avec, comme conséquence, la suppression du listing annuel des clients assujettis.

Une prochaine étape, fixée en 2030, concerne le reporting en matière de transactions intracommunautaires.

À terme, l’administration fiscale pourrait disposer de suffisamment de données pour établir automatiquement les déclarations TVA. Peppol constituerait une source essentielle, mais pas la seule : les ventes aux particuliers pourraient également être prises en compte grâce à une extension du système de « caisse blanche » à d’autres secteurs que l’horeca. Les données relatives aux transactions internationales et aux paiements viendraient compléter ce dispositif.

Les différents systèmes d’informations (CRM, ERP, logiciels de caisse et de facturation) devront être parfaitement synchronisés pour éviter les erreurs et les doubles déclarations, de même que les informations sur les clients devront être rigoureusement exactes.

Il subsiste dès lors encore pas mal de contraintes techniques pour y parvenir.

Cependant, les deux mécanismes ne doivent pas être confondus : l’un facilite la transmission des données comptables (SAF-T), l’autre vise à accélérer la communication des données de facturation et de transactions (e-reporting).

Ce qui est certain, c’est qu’ils participent à une même tendance : l’administration ne veut plus seulement recevoir des déclarations périodiques ; elle entend pouvoir exploiter des données plus détaillées, plus structurées et plus rapidement disponibles.

Un contrôle fiscal d’une autre nature

Jusqu’à présent, le contrôle fiscal s’appuyait notamment sur les déclarations déposées, les pièces justificatives demandées et l’analyse d’écritures comptables sélectionnées.

Demain, l’exploitation informatique des données pourrait permettre de repérer plus rapidement certaines incohérences : des écarts entre achats et ventes, des anomalies de facturation, des variations inhabituelles de rentabilité ou des opérations qui méritent un examen approfondi.

Cela ne signifie pas que chaque entreprise sera surveillée en permanence ni que chaque anomalie entraînera automatiquement un redressement. Mais les possibilités d’analyse se multiplient.

Une erreur qui passait autrefois inaperçue au milieu de milliers d’écritures pourra potentiellement être détectée par un système automatisé.

La qualité de la comptabilité, la cohérence des données et la capacité à justifier les opérations deviendront donc plus importantes encore.

Simplification pour l’entreprise, transparence pour le fisc ?

Les avantages de cette digitalisation sont réels. L’automatisation peut réduire les tâches répétitives, limiter les doubles encodages, accélérer le traitement des factures et faciliter les échanges entre l’entreprise et son expert-comptable.

Mais il serait naïf de ne voir dans cette évolution qu’une opération de simplification administrative.

Car la même technologie qui facilite la vie des entreprises renforce également les capacités de contrôle de l’administration. Et la transition ne sera pas nécessairement indolore pour les structures dont les processus comptables sont encore peu structurés ou dont les données sont de qualité inégale.

La véritable question n’est donc pas de savoir si la digitalisation va s’imposer, mais si les entreprises seront suffisamment préparées pour en tirer parti.

Et demain, quel sera le rôle de l’expert-comptable ?

Face à cette évolution, certains pourraient craindre que l’automatisation rende progressivement l’expert-comptable superflu. D’autres qui voudraient réduire leurs honoraires ou carrément s’en passer pourraient plutôt s’en réjouir.

Ce serait confondre la production de données avec leur vérification et leur compréhension.

Les logiciels peuvent encoder, classer, rapprocher et transmettre des informations. Ils peuvent également signaler des anomalies. Mais encore faut-il vérifier leur pertinence, comprendre leur origine, interpréter leurs conséquences et déterminer les mesures à prendre.

C’est précisément là que la valeur ajoutée de l’expert-comptable prend toute son importance : contrôler la fiabilité des données, anticiper les risques, sécuriser les obligations fiscales et surtout transformer les chiffres en décisions utiles pour le dirigeant.

Une comptabilité ne devrait pas seulement servir à établir les déclarations fiscales ou les comptes annuels. Elle devrait permettre de piloter la trésorerie, d’évaluer la rentabilité, d’anticiper les difficultés et de préparer les décisions stratégiques.

Plus la saisie et la transmission des données seront automatisées, plus le conseil, l’analyse et l’accompagnement devront occuper une place centrale.

Le vrai défi : ne pas subir la transformation

Peppol, SAF-T, e-reporting : ces évolutions ne sont pas de simples changements techniques. Elles annoncent une nouvelle manière de produire, de transmettre et d’exploiter l’information comptable.

Pour les dirigeants, l’enjeu consiste à adapter leurs outils, mais aussi à revoir leurs procédures et à s’assurer que les données produites par leur entreprise sont fiables et cohérentes.

Pour les experts-comptables, il s’agit d’accompagner cette transition tout en renforçant leur rôle de partenaires de gestion.

Car, au fond, la question essentielle est la suivante : si demain le fisc peut analyser plus facilement les données de votre entreprise, pourquoi ne pas apprendre à les exploiter vous-même dès aujourd’hui ?

Une comptabilité transparente ne doit pas seulement être une comptabilité qui parle au fisc. Elle doit d’abord être une comptabilité qui parle au dirigeant.

Et c’est probablement là que se jouera la véritable valeur de la transformation numérique : non pas dans la quantité de données que l’on transmet, mais dans la qualité des décisions que l’on prend grâce à elles.

 

Philippe Lemaire
Administrateur Finacces
Date de publication : 29/10/2026