La fiscalité belge : un labyrinthe que chaque réforme agrandit
Vous allez me dire : « Encore un édito sur la fiscalité des personnes physiques »… Et je vous répondrai : « Ce n’est pas ma faute si le gouvernement travaille assidument sur le sujet ».
Car la Belgique aime les réformes fiscales comme d’autres aiment les travaux dans leur maison : on casse un mur, on en reconstruit un autre, on déplace une porte, on repeint un plafond… et à la fin, on explique que tout sera plus confortable.
Un nouveau volet de la réforme de l’impôt des personnes physiques, approuvée par le Parlement ce 9 juillet en dernière lecture du projet de loi, suit malheureusement cette logique.
Sur le papier, la mesure phare est séduisante. Sans rentrer dans les détails techniques, une partie plus importante des revenus sera exonérée d’impôt, ce qui permettra aux travailleurs de voir leur revenu net augmenter. Des familles bénéficieront d’avantages renforcés pour leurs enfants à charge. Le gouvernement pourra légitimement affirmer qu’il allège la pression fiscale sur le travail.
Qui pourrait s’en plaindre ?
Le problème est que la fiscalité ne se résume jamais à une seule mesure.
Pendant qu’une main distribue quelques avantages, l’autre en retire ailleurs. Le quotient conjugal (ce mécanisme qui consiste à attribuer fictivement une partie des revenus du conjoint ayant le salaire le plus élevé à son partenaire touchant un salaire inférieur, afin de faire diminuer l’imposition des tranches plus élevées) est progressivement vidé de sa substance.
Certaines réductions d’impôt disparaissent progressivement, comme celles sur les allocations de chômage ou sur les pensions, faisant ainsi augmenter l’écart entre les personnes inactives et les personnes actives, répondant ainsi partiellement aux promesses électorales.
La déduction des rentes alimentaires continue de diminuer.
Par contre, les revenus issus de ventes occasionnelles sur internet reçoivent un nouveau traitement. Une exonération appelée « Vinted » permet désormais aux contribuables de vendre des biens de seconde main jusqu’à un montant de 2.000 € par an sans que le fisc ne puisse contester la caractère non imposable de ces ventes, ce qui offre, pour une fois, une meilleure sécurité juridique, mais au-delà de ce seuil, l’administration pourra toujours, au cas par cas, déterminer si les opérations relèvent de la gestion normale du patrimoine privé.
Les droits d’auteur sont à nouveau réaménagés au profit des développeurs de logiciels.
Les pensionnés actifs découvrent un régime supplémentaire de taxation distincte au taux de 33 %, ce qui vient contraster avec le régime des flexi-jobs désormais possible dans tous les secteurs depuis le 1er juillet 2026.
Chaque mesure possède sa logique propre. Mais l’ensemble ressemble davantage à un empilement qu’à une réforme.
Depuis des décennies, notre système fiscal fonctionne selon le même principe : lorsqu’un problème apparaît, on ajoute une exception. Lorsqu’une exception crée un nouvel effet indésirable, on ajoute une correction. Puis une dérogation. Puis un régime transitoire. Puis une nouvelle exception à la dérogation.
Résultat : la fiscalité belge est devenue l’une des plus complexes d’Europe, au point que même les professionnels doivent consacrer une part croissante de leur temps à suivre les modifications législatives plutôt qu’à conseiller leurs clients sur leur développement.
Et c’est probablement là le véritable paradoxe.
À chaque réforme, les responsables politiques promettent davantage de simplicité. Pourtant, année après année, les textes s’allongent, les régimes particuliers se multiplient et les contribuables deviennent toujours plus dépendants d’intermédiaires pour comprendre leurs obligations.
La véritable réforme fiscale dont la Belgique a besoin n’est peut-être pas celle qui modifie quelques pourcentages ou quelques plafonds.
C’est celle qui permettrait enfin à un citoyen, un indépendant ou un dirigeant d’entreprise de comprendre lui-même les règles qui s’appliquent à sa situation.
Une fiscalité juste est indispensable.
Une fiscalité prévisible l’est tout autant.
Mais une fiscalité compréhensible est devenue un luxe que notre pays semble avoir renoncé à offrir.
Et c’est peut-être là le véritable problème.
Philippe Lemaire
Administrateur Finacces
Date de publication : 29-07-2026