Edito : Réforme fiscale « light » : un accord fédéral aux contours mesurés
Bouclé à l’aube du 21 juillet, jour de la fête nationale, l’accord d’été du gouvernement fédéral acte une réforme fiscale allégée de l’impôt des personnes physiques, étalée jusqu’en 2029. Objectif : réduire la pression fiscale sur les travailleurs et les entrepreneurs, pour un allègement total estimé à 4,4 milliards d’euros.
Loin des ambitions affichées lors de la précédente législature, cette réforme vise à apporter des mesures concrètes rapidement, dans un contexte budgétaire contraint. Voici les points clés.
Pour les travailleurs
- Hausse de la quotité exemptée : le seuil de revenus non imposables passera progressivement de 10.910 € à 15.300 € d’ici 2029, soit un gain net allant d’une dizaine d’euros par mois en 2026 à environ 90 € en 2029.
- Réduction de la Cotisation Spéciale de Sécurité Sociale (CSSS) : jusqu’à 365 € de gain annuel pour les travailleurs isolés.
- Bonus à l’emploi renforcé : à terme, en 2029, le salaire minimum brut équivaudra au net.
- Heures supplémentaires : 180 heures fiscalement avantageuses par an, avec allègement de charges pour l’employeur et crédit d’impôt pour le salarié.
Pour les familles
- Avantage fiscal accru pour le premier enfant : de 1.980 € aujourd’hui à 2.650 € en 2029, avant une harmonisation pour tous les enfants.
- Ventes en ligne occasionnelles : exonération jusqu’à 2.000 € par an — surnommée « exonération Vinted » — pour éviter toute taxation en revenus divers.
Pour les retraités
- Pensionnés actifs : taux d’imposition plafonné à 33 %, contre 50 % actuellement dans certains cas.
Pour les indépendants
- Déduction d’entrepreneur : 650 € dès 2026, portée à 900 € en 2029.
- Suppression des majorations pour versements anticipés insuffisants.
- Retour des droits d’auteur dans l’IT, potentiellement dès 2026.
Mesures compensatoires
Pour limiter le coût budgétaire, plusieurs dispositions moins favorables sont prévues :
- Taux réduit ISoc à 20 % : rémunération minimale des dirigeants portée à 50.000 €, avec taxe distincte si plus de 20 % en avantages de toute nature.
- Suppression progressive du quotient conjugal et de la réduction d’impôt sur les allocations de chômage.
- Revenu d’intégration sociale désormais imposable.
Autres décisions fiscales en parallèle
En marge de cette réforme, d’autres mesures adoptées ou en préparation pourraient réduire son impact positif. Pami les déductions les plus connues :
- Suppression de la déduction des intérêts immobiliers pour les biens autres que la résidence principale, y compris pour les crédits en cours à partir des revenus 2025, ce qui suscite de vives critiques.
- Rentes alimentaires : déduction progressivement abaissée de 80 % à 50 % sur trois ans.
- Dons : avantage fiscal ramené de 45 % à 30 %.
- Suppression de la réduction d’impôt pour l’assurance protection juridique.
Une cible contestée
La suppression de la déduction des intérêts immobiliers, sans mesure transitoire, inquiète particulièrement les investisseurs locatifs de la classe moyenne, qui avaient intégré cet avantage dans leur calcul de rentabilité. Pour nombre d’entre eux, l’impôt supplémentaire pourrait transformer un revenu locatif équilibré en perte sèche.
La question reste posée : quand le gouvernement parle de « faire contribuer les épaules les plus larges », s’agit-il des grands patrimoines… ou de contribuables modestes ayant investi pour compléter leur pension ?
Le projet de loi est encore en discussion à la Chambre. Des amendements sont espérés pour atténuer l’impact pour les propriétaires concernés.
Une réforme minimaliste
Si l’accord fiscal marque un pas en avant par rapport à l’immobilisme passé, il reste loin des promesses électorales. Dans un contexte budgétaire serré, la réforme « light » soulève autant d’espoirs que de frustrations.
D’autant plus que la liste des mesures compensatoires ne semble pas terminée avec, notamment, la taxation sur les plus-values sur les actifs financiers qui devrait entrer en vigueur au 1er janvier 2026 (voir notre article sur le sujet).
Dans une Belgique qualifiée de championne du monde de la taxation sur les revenus du travail, détenant une pression fiscale dépassant les 50 %, compte tenu de l’impôt sur les revenus et des cotisations sociales, on aurait pu espérer une vraie réforme, faisant augmenter réellement le pouvoir d’achat de la classe moyenne. Au contraire, c’est cette dernière qui va contribuer le plus aux efforts budgétaires.
Mais ne boudons pas notre plaisir ; nous sommes au moins champions du monde dans un domaine…
Philippe Lemaire
Administrateur de Finacces
Publication : 29/08/2025